Categorie : Inspirations

30 printemps !

Théiers en fleurs.

Cela fait tout juste 30 ans ce mois-ci que ma vie a changé. Rien ne me destinait au commerce du thé. La première boutique Le Palais des Thés a ouvert en mars 1987, dans une petite rue perdue au fond du sixième arrondissement de Paris. Il a fallu du temps. D’une boutique, puis deux, puis trois, peu à peu une marque est née. L’apprentissage a épousé le même rythme. Il en a fallu des voyages, des rencontres. Et que dire de la fidélité des clients, sinon qu’elle nous touche toujours autant. A chaque nouvelle inauguration d’une boutique je rencontre des clients qui se souviennent des débuts, qui sont là depuis le premier jour ou presque, et toujours cette même émotion.

30 ans ont passé et l’enthousiasme n’est pas seulement intact, il est plus fort aujourd’hui qu’au premier jour. Il y a de quoi être émerveillé par ce qui nous attend. Nous avons du pain sur la planche. Plus vous en savez dans un domaine aussi riche et varié que le thé et plus vous prenez conscience de l’immensité de ce que vous avez encore à apprendre. Pour le thé comme pour le vin, une vie ne suffit pas. Je vous donne rendez-vous dans 30 ans. D’ici-là nous nous  préparons à de nouvelles dégustations, de nouvelles rencontres, de nouvelles découvertes, nous nous préparons à toujours mieux comprendre le thé et les gens qui le font, à faire du mieux que nous pouvons pour vous offrir ce que j’aimerais être la plus belle sélection de grands crus au monde. Et ce tout en respectant les gens et en respectant la terre. En n’abîmant ni les uns ni les autres mais au contraire en pensant loin devant, en pensant à celles et ceux qui suivront.

Et comme nous sommes à l’heure du printemps qui s’éveille, à l’aube de ces 30 prochaines années, voici pour vous des théiers en fleurs.



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Un métier riche en émotions

François-Xavier Delmas et les membres d'une plantation au Rwanda

Bien sûr, j’éprouve des émotions. Je ne rentre jamais intact de mes voyages. Oui, mon métier au sens strict consiste à visiter des champs de thé, à parler avec des producteurs, à participer à des dégustations, à comprendre comment on fait le thé. Mais, dans la pratique, mon métier ne s’arrête pas là.  Dans la pratique, il ne s’agit pas simplement de feuilles de thé, d’arbustes, de machines, de saveurs. Avant tout, le thé, ce sont des gens. Ce sont des hommes et des femmes. Ce sont des sourires, des étonnements, des joies, des peines, des rires, des peurs, des curiosités, des inquiétudes, des amusements, des désirs, des défis, des souffrances, des fiertés, des surprises, des espoirs, des rêves… Les hommes et les femmes que je rencontre, là-haut, dans la montagne, me livrent tout cela. Alors, le moindre paysage que je revois, m’émeut. Je repense au moment. Je me souviens des gens. Je me souviens de ce que j’ai compris de la vie en ces lieux. Je me souviens de mes émotions. Je voyage sans cuirasse. Un voyage est comme un naufrage et ceux dont le bateau n’a pas coulé ne connaîtront jamais la mer, écrit Nicolas Bouvier, un auteur que j’affectionne. Alors il m’arrive de couler. De ne pas revenir comme j’étais parti, de n’être plus tout à fait le même au retour. Ou de ne plus vouloir revenir. De me perdre. La vie des gens me touche. Les émotions des autres me touchent. J’ai cette chance incroyable de rencontrer des gens différents de moi, différents à tout point de vue, d’un point de vue culturel, religieux, linguistique, ethnique. Différents, mais semblables en ce que nous sommes humains. Et, souvent, lorsque je redescends d’une montagne après y avoir passé plusieurs jours, j’ai besoin de me poser. De faire une halte avant de rejoindre la vallée, j’ai besoin de m’asseoir au bord de la route, au bord d’un champ, d’une rizière, avant de retrouver la ville, avant d’oublier, oublier pourquoi je quitte cet endroit que j’aimais déjà. Lorsque je redescends de mes montagnes, j’ai besoin de faire une pause, besoin de souffler, besoin que ça n’aille pas trop vite, besoin de rêver, besoin de pleurer, parfois, besoin d’avoir la conscience de ce que je quitte, de ne pas me presser, besoin simplement de respirer, d’emplir une dernière fois mes poumons d’air bleu, de vivre.


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Se bonifier avec le temps

Galette de Pu Erh Shu

Ces jours-ci, une blogueuse me demande quel est mon thé préféré. Et moi, incapable de répondre, comme à chaque fois que l’on me pose cette question. Des thés, j’en aime tant de différents ! Comment pourrai-je n’en choisir qu’un seul parmi les plus remarquables d’entre eux ? Comment n’en choisir qu’un alors qu’ils se ressemblent si peu ? Comment choisir entre un ichibancha du Japon, par exemple, un Dan Cong, un Jukro, un Pu Erh sheng, un Darjeeling AV2, un Oriental Beauty, un Taiping Hou Kui ou encore un Anxi Tie Kuan Yin, pour ne vous en citer qu’un tout petit nombre parmi mes favoris, mes indispensables ? Et sans parler d’autres thés que ceux-ci et qui comptent eux aussi parmi les plus beaux thés du monde ! Sans parler également de crus moins connus et que je suis si fier d’avoir déniché sur une terre ignorée des amateurs, une terre africaine, par exemple.
Non, décidément, je ne veux pas répondre à cette question. Je ne veux pas choisir. Chaque thé à son moment. Chaque thé à son jour, son heure, son environnement. Ce matin, par exemple, jour de froid, de pluie sur Paris, jour de l’élection du président américain, je me réchauffe le corps et l’âme avec un Pu Erh Shu, un thé sombre, un thé qui a des notes de terre, des notes animales, des notes dérangeantes, très puissantes, un thé qui fait peur de prime abord, un thé qui sent l’étable, qui sent le cuir, le bois vermoulu, la cave, la mousse, les sous-bois, l’humus, la matière végétale en décomposition, un thé tout de même d’une grande richesse et qui a la particularité de se bonifier en vieillissant. Se bonifier en vieillissant, c’est tout ce que je souhaite au nouveau président américain.


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« Tea sommelier », le livre

Tea sommelier, le livre

J’en ai rêvé, il est là. Je veux parler de cet ouvrage qui sort cette semaine en librairie et que les éditions du Chêne publient. Ce projet de livre intitulé « Tea sommelier » me tient à cœur depuis longtemps. Des hôtels prestigieux situés aussi bien en Europe qu’en Amérique ou même en Asie me sollicitent depuis plusieurs années pour que je les aide à construire des associations thé et mets. Un jour, c’est un établissement de Hong Kong qui demande quel thé conviendrait le mieux avec du caviar, une autre fois, c’est un chef étoilé new yorkais qui découvre les multiples usages du thé en cuisine et déborde de questions. C’est cela qui est nouveau aujourd’hui, le thé n’est plus seulement réservé au petit-déjeuner, au brunch ou bien au tea-time, il prend désormais ses aises à table, en cuisine, ou même au bar. Le thé, on le prépare aussi à température ambiante, parfois, on le sert dans des verres à vin, parfois, ce sont tous ces usages-là que mon ami Mathias et moi détaillons ici de façon à la fois sérieuse et ludique, avec moult illustrations. Bien sûr, le théier et sa culture, les grandes familles de thé, les différentes façons de les préparer et de les déguster figurent aussi en bonne place dans ce livre, un livre à la fois pointu et joyeux, facile d’accès. Il est à la porté de tous. Notre souhait est que vous preniez autant de plaisir à le lire que nous en avons eu à l’écrire.


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L’amour court les rues

L'amour court les rues

Sur la palissade de l’une de nos boutiques en travaux, en surplomb d’une tasse de thé tenue délicatement à deux mains et dont on ne sait si elle est offerte ou bien contemplée mais dont on sent qu’elle est au centre d’une attention, un graffiti me réjouit. C’est un ami qui me l’a signalé. Il s’agit d’une information de taille, un scoop, comme disent nos amis anglo-saxons. Il mérite que l’on s’y arrête. D’habitude, je vous emmène dans mes lointains voyages, au bout de la planète, le plus souvent en haut de montagnes couvertes de brumes, mais il faut bien avoir aussi un peu de présence au monde immédiat qui nous entoure et ne pas forcément se dire que l’herbe est plus verte, la vie forcément plus belle ailleurs. L’amour court les rues. Je me réjouis de cette bonne nouvelle. Parce que nous le voulons bien, les médias nous abreuvent à haut débit de mauvaises nouvelles et en oublient de nous donner des informations aussi essentielles que celles-ci : l’amour court les rues.

De Paris à Bamako, de Bruxelles à Istanbul, nous avons parfois de tristes occasions d’en douter mais l’amour court les rues puisque c’est écrit ici, c’est un évènement qui vaut largement d’autres dépêches. Le graffiti en question trouve sa place de surcroît dans une rue qui a vu passer Saint-Denis à qui on venait de couper la tête et qui la portait de ce fait entre ses mains, en route pour ce lieu sur lequel on bâtira la basilique éponyme, ainsi non seulement l’amour court-il les rues mais encore passe-t-il après les martyrs et rappelle-t-il ainsi que l’amour vaut bien plus que toutes les haines.

Et si ce tagueur avait raison ? Et si l’amour courait les rues mais que nous n’y prêtions pas attention, par manque de temps, manque de présence, manque d’attention, manque de disponibilité ? Manque d’altruisme, dirait Matthieu Ricard ? Il faudrait essayer d’être heureux, ne serait-ce que pour donner l’exemple, écrivait Prévert ; nous pourrions essayer d’humaniser un peu les rues, de nous sourire, nous dire de petits mots gentils à la moindre occasion, nous prêter de l’attention, nous dire merci lorsque cela s’y prête, nous aider lorsque le besoin se devine. Oui, l’amour court les rues, accueillons-le au lieu de ne pas le voir, faisons-lui un peu de place. Cela ne tient qu’à nous. Ne le laissons pas s’enfuir.


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François-Xavier Delmas

Globe-trotter passionné, « FX » arpente les plantations de thés depuis 30 ans à la recherche des meilleurs crus. Pour le fondateur du Palais des Thés, voyager c’est aller à la découverte des cultures du monde. De Darjeeling à Shizuoka, de Taïwan au Triangle d’Or, il vous invite à suivre ses pérégrinations, à partager ses rencontres et ses émotions.

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