Depuis toujours on boit au Bhoutan le thé venu du Tibet ou de Chine, transporté à flanc de yack. Mais depuis un peu moins de vingt ans et le passage, dans la région, d’un jeune agronome sud-coréen, deux plantations d’une certaine envergure ont vu le jour dans le village de Samcholing, au centre du pays. À plus de 1.800 mètres d’altitude, on y cultive, grâce aux conseils de ce jeune expert, un thé vert qui ressemble à ceux qui se manufacturent au Pays du Matin calme : onctueux, végétal, d’une belle intensité. Quelques années plus tard, c’est un amateur venu cette fois de Thaïlande qui va initier nos producteurs à la manufacture du thé noir et du thé semi-oxydé. À Samcholing, tous les théiers sont issus de graines et près d’une quarantaine de paysans comptent parmi les membres de la coopérative. À sa tête, Rinchen et son mari Kinzang rêvent que les thés de la région rivalisent un jour avec les plus beaux crus du monde, et de voir peu à peu les théiers recouvrir les pentes des montagnes environnantes. Non loin de là, aidée par sa mère, une jeune femme nommée Denchen commercialise des thés de différentes couleurs, avec le soutien d’associations impliquées dans le développement rural. Le tout représente des volumes somme toute modestes : la production annuelle de ces deux entités atteint à peine les deux tonnes. La maison Palais des Thés n’est pas peu fière de figurer en tête des importateurs étrangers. Avec pour mission de faire connaître le thé du Bhoutan en France et dans le monde, un beau défi.
ARCHIVE DE octobre 2025
De belles rencontres
Au Bhoutan le thé qui vous est le plus souvent servi consiste en un affreux sachet rempli de brisures. À moins que vous n’optiez pour le thé au beurre, une appellation certes peu engageante et qui cache cependant une boisson digne autrement d’intérêt : un breuvage qui remonte à l’époque des caravanes, un thé qui voyageait à flanc de yack depuis le Tibet et dont la préparation révèle des notes animales. Au moins ce thé-là, pas commode de prime abord, raconte-t-il une histoire.
Au Bhoutan, personne ne sait ou presque que le thé ne vient pas forcément de l’extérieur, qu’il se cultive au centre du pays, dans le district de Trongsa. On passe un col à plus de 3.000 mètres, on traverse des rizières, on reste en arrêt devant de sublimes monastères et si l’occasion se présente, on prend aux côtés des moines le temps du thé.
Parfois on connaît de fausses joies. Quelqu’un vous parle d’un fameux thé et lorsqu’après des heures de route vous vous trouvez en compagnie de la productrice, vous découvrez que c’est à partir de feuilles de sorbier et d’autres arbustes qu’elle confectionne une préparation sans rapport avec notre Camellia sinensis. Avais-je oublié de préciser à mes différents interlocuteurs que le thé pour moi s’entend au sens strict du terme ? Parfois on s’emballe et on en oublie l’essentiel. N’empêche que dans les voyages les détours comptent autant que le but, ainsi fait-on de belles rencontres.
(à suivre)
A la recherche de thés remarquables
Dans ma vie de chercheur de thé, il m’est arrivé à de nombreuses reprises d’entreprendre un voyage sans avoir la moindre idée de savoir si celui-ci me récompenserait de mes efforts, me conduirait à découvrir quelque thé remarquable. Le Bhoutan est de ceux-ci. Des hommes et des femmes investis, des pratiques agricoles respectueuses, voilà aussi ce que je recherche. Depuis Paro, on rejoint la capitale, Thimphu, et de là un long voyage commence dans ce pays de la taille de la Suisse, peuplé d’un dixième seulement de la population helvète, et qui n’a connu ses premières voitures, ses premières routes, qu’à partir des années soixante, ses premiers touristes, vingt ans plus tard. Un pays au relief particulièrement accidenté dont l’essentiel du territoire est recouvert d’impénétrables forêts dans lesquelles personne n’aurait l’idée de s’aventurer, démons obligent. Les sommets himalayens eux aussi n’auront jamais été conquis, par respect pour les divinités qui sont là-haut chez elles.
(à suivre)
Au pays des dragons
Bhoutan. Un nom qui fait rêver le chercheur de thé que je suis. Depuis combien d’années est-ce que je m’interroge pour savoir si dans ce royaume mystérieux se cache quelque jardin de thé ? Vingt ans, trente ans ? De l’autre côté de la frontière, la plaine des Dooars, à l’ouest ; l’immense plaine de l’Assam, baignée par les eaux tumultueuses de l’indomptable Brahmapoutre, au sud. Et depuis ces deux régions couvertes de théiers et si souvent parcourues, je regardais avec persistance en direction de ces montagnes qui abritent tant de dragons. Un pays de nuages et de légendes, le pays du bonheur national brut, dit-on.
(à suivre)