Tasse orpheline

4 septembre 2026
Tasse orpheline

J’ignore la matière exacte de cette tasse et peu m’importe. À sa manière, elle est unique. La femme qui la tenait quelques secondes plus tôt l’a posée sur le rebord de cette fenêtre après avoir bu un thé fort, simplement adouci de sucre et de lait. Nous sommes dans l’Himalaya. Le Tibet n’est pas loin. Ici, on boit un thé qui réchauffe le corps et l’âme et l’on sent à travers la matière de cette tasse, son usure, les colorations apportées jour après jour par le thé, à quel point elle est un objet du quotidien, un objet sur lequel on compte à chaque instant, qui est là, sans bruit, disponible et rassurant.

Cette tasse m’évoque aussi toutes les victimes de la catastrophe népalaise, tous les disparus. J’ai une pensée pour eux. Combien de tasses à thé attendent quelqu’un qui ne reviendra pas ? Combien de vies détruites du fait de ces catastrophes climatiques ? 

Tweeter cet article sur Facebook. Tweetez cet article.

Le thé est un chemin

28 août 2026
Le thé est un chemin

Le thé, c’est un chemin. Je vous montre ici souvent des photos de théiers, des photos de plantations. Je vous montre ici souvent des théiers vus de près et des théiers vus de loin. Mais le métier de chercheur de thé consiste avant tout à se déplacer et non pas seulement à déguster. Le métier de chercheur de thé consiste en une quête et la route elle-même fait partie de cette quête, elle vous prépare à la découverte, elle vous familiarise avec un climat, un terroir, ainsi qu’avec les coutumes de ses habitants. Parfois on se perd et cela fait aussi partie du voyage. On retrouve toujours sa route et l’on traverse de nouvelles plaines, on passe de nouveaux cols, on s’aventure sur de nouveaux chemins, en voiture, à moto, à cheval, ou encore à pied. Comme ici, au Bhoutan. Le thé est un voyage, une initiation à la lenteur et à la contemplation.

Tweeter cet article sur Facebook. Tweetez cet article.

Massage africain

29 mai 2026
IMG-6799-RETOUCHE-BLOG

Plusieurs pays d’Afrique de l’Est figurent parmi les plus importants producteurs de thé au monde. Au Burundi, j’ai longé les rives du lac Tanganyika jusqu’à la frontière tanzanienne, admiré de l’autre côté des eaux sur lesquelles flotte la nuit une constellation de barques de pêche, comme autant d’étoiles, les montagnes de la RDC (République démocratique du Congo). En une semaine, je n’ai jamais croisé le moindre Occidental et les enfants d’ici n’en ont parfois jamais vu si bien qu’ils rappliquent dès qu’ils m’aperçoivent. Ils sortent de l’eau et laissent éclater leur joie, leurs rires, donnent libre cours à leur curiosité. Il en arrive sans cesse. Tout juste le temps de déclencher, de chercher les réponses à des questions qui n’en attendent pas forcément, et je retourne à mon véhicule, et eux à leurs vagues. Après des heures d’une piste chaotique qui vous secoue en tout sens je prends la direction des montagnes. Au Burundi, ces heures à se faire trimbaler sur des routes éreintantes ont un nom : le massage africain.

À mon retour en France, quelqu’un m’a fait remarquer que ma photo n’était pas droite, que le lac penchait. Sur le moment, je ne l’ai pas cru. Plus tard, non plus. Je n’avais rien vu de tel. Je veux croire ma photo fidèle à ce que j’ai eu la chance de contempler, je veux croire ma photo fidèle à cet axe inattendu sur lequel repose ce beau lac Tanganyika. Quand on voyage, il faut accepter de se remettre en cause, de faire face à d’autres logiques. C’est tout le charme de l’aventure. Voici le lac comme je l’ai vu ce jour-là, il penchait à gauche, le poids des barques, sûrement, et du rire des enfants.

Tweeter cet article sur Facebook. Tweetez cet article.

La route du thé

28 novembre 2025
_MG_6552-(1)-2

Il y a le thé, il y a ce qui se trouve autour. Le thé c’est un chemin, une route. Il ne faut pas se presser. Il faut prendre le temps d’observer. Le thé nous prend par la main pour nous conduire quelque part, en haut d’une montagne, et le chemin que l’on suit fait partie du voyage. Il invite à la contemplation. Pour comprendre le thé, il faut comprendre le chemin qui nous mène à lui. Désirer faire sa connaissance, entrer dans son intimité, l’arpenter. La route qui mène à lui a quelque chose à nous apprendre sur le thé lui-même, son inaccessibilité, son climat, sa terre. Et peut-être ses saveurs. Le thé se dévoile. Observons le chemin, le paysage. Ici, en route pour Trongsa, dans la région des Montagnes Noires, au Bhoutan, je reste en admiration devant la vallée humide de Phobjikha, son sol marécageux, ses entrelacs d’eau. Si j’attends plusieurs jours, les grues à cou noir vont apparaître dans le ciel, comme chaque année, choisir de se poser là, au terme d’une longue migration. Chaque année, la même trajectoire. La même route, vers le sud, pour échapper au froid. Elles viennent du Tibet. Elles sont attendues. Comptées. Des ornithologues, professionnels ou amateurs veulent s’assurer que personne ne manque. Sur la route du thé, je croise celle des grues à cou noir. Le thé nous ouvre à d’autres paysages, d’autres phénomènes. Nous sommes à la fin de septembre. Dans quelques jours elles seront là. Je guette.

Tweeter cet article sur Facebook. Tweetez cet article.

A la recherche de thés remarquables

17 octobre 2025
_MG_6324-RETOUCHE-BLOG
previous arrow
next arrow

Dans ma vie de chercheur de thé, il m’est arrivé à de nombreuses reprises d’entreprendre un voyage sans avoir la moindre idée de savoir si celui-ci me récompenserait de mes efforts, me conduirait à découvrir quelque thé remarquable. Le Bhoutan est de ceux-ci. Des hommes et des femmes investis, des pratiques agricoles respectueuses, voilà aussi ce que je recherche. Depuis Paro, on rejoint la capitale, Thimphu, et de là un long voyage commence dans ce pays de la taille de la Suisse, peuplé d’un dixième seulement de la population helvète, et qui n’a connu ses premières voitures, ses premières routes, qu’à partir des années soixante, ses premiers touristes, vingt ans plus tard. Un pays au relief particulièrement accidenté dont l’essentiel du territoire est recouvert d’impénétrables forêts dans lesquelles personne n’aurait l’idée de s’aventurer, démons obligent. Les sommets himalayens eux aussi n’auront jamais été conquis, par respect pour les divinités qui sont là-haut chez elles.

(à suivre) 

Tweeter cet article sur Facebook. Tweetez cet article.

Au pays des dragons

10 octobre 2025
_MG_6361-RETOUCHE-BLOG
previous arrow
next arrow

Bhoutan. Un nom qui fait rêver le chercheur de thé que je suis. Depuis combien d’années est-ce que je m’interroge pour savoir si dans ce royaume mystérieux se cache quelque jardin de thé ? Vingt ans, trente ans ? De l’autre côté de la frontière, la plaine des Dooars, à l’ouest ; l’immense plaine de l’Assam, baignée par les eaux tumultueuses de l’indomptable Brahmapoutre, au sud. Et depuis ces deux régions couvertes de théiers et si souvent parcourues, je regardais avec persistance en direction de ces montagnes qui abritent tant de dragons. Un pays de nuages et de légendes, le pays du bonheur national brut, dit-on.

(à suivre)

Tweeter cet article sur Facebook. Tweetez cet article.

Sérénité

25 avril 2025
_MG_6104-RETOUCHE-BLOG

Nul besoin de plantations immenses, de domaines qui s’étendent sur des centaines d’hectares. Le thé c’est aussi cela, une maison entourée de camellia sinensis. Une production à échelle humaine. Dans de nombreux pays, la culture du thé a donné lieu à des pratiques intensives, en général en zone de plaine. Mais dès que l’on grimpe un peu, que l’on accepte de faire de la route, de finir à pied, on trouve des villageois qui cultivent le thé parmi d’autres matières agricoles et ces fermiers-là, de la façon la plus artisanale qui soit, manufacturent des thés remarquables. Il leur arrive aussi de vendre les feuilles fraîches à un voisin mieux équipé ou encore à la coopérative locale. Ce que je ressens ici c’est une atmosphère de sérénité. À huit heures du matin, le soleil était levé depuis longtemps et la maisonnée s’activait. Au chant du coq se mêlait celui d’un mantra, une salutation au soleil et à la vie.

Tweeter cet article sur Facebook. Tweetez cet article.

Le thé au sommet

7 février 2025
_MG_6084-RETOUCHE-BLOG

A partir du mois de novembre et jusqu’en mars, les jours sont frais dans l’Himalaya, et les cieux dégagés. On peut alors apercevoir, au-delà des théiers, le scintillement des sommets. Ils éclatent de toute leur blancheur tel le Kumbhakarna (7.710 mètres) dont vous apercevez ici la silhouette fantomatique. C’est au lever du jour que l’on a toutes les chances de pouvoir les admirer, avant que quelque brume ne s’élève et ne les dissipe. A l’heure du laitier, cette vue nous récompense de l’inconfort relatif du voyage, d’une toilette à l’ancienne c’est-à-dire sommaire : bassine, eau froide et gant éponge, le tout en extérieur si l’on épouse les mœurs locales.

Tweeter cet article sur Facebook. Tweetez cet article.

Le thé nous relie

10 janvier 2025
MG-5968-BLOG-RETOUCHE

Cette tasse qui étincelle à la lumière du matin, je la choisis pour souhaiter à toutes et à tous une année heureuse. Une année apaisante dans un monde agité. Chacun son style et je n’aurais pas cru que cette tasse me convenait. Je la trouvais un peu poseuse sur son plateau d’argent, par-dessus une serviette amidonnée. Je lui trouvais un genre éloigné de mes goûts habituels. Jusqu’au moment d’installer le plateau du matin à même le drap. Jusqu’au moment de lui trouver de l’élégance, à cette tasse, du charme sous les premiers rayons du soleil. Cela se passe à Tbilissi. Dans une ancienne imprimerie transformée en hôtel. Chacun sa tasse, chacun son thé. Pourvu qu’il y ait toujours de la place pour la différence, pour l’écoute de l’autre. Pourvu que nous soyons davantage habités par le désir de comprendre plutôt que celui de juger. Par le désir de paix. Le thé nous relie. Le thé nous apaise. Belle et heureuse année 2025 !

Tweeter cet article sur Facebook. Tweetez cet article.

Réjouissons-nous

12 juillet 2024
_MG_5942-RETOUCHE-BLOG

En bon Français que je suis, il m’arrive sûrement de me plaindre plus souvent qu’à mon tour. Pester contre ceci, râler contre cela. Et pourtant, moi qui voyage une grande partie de l’année, dans des pays aussi différents que peuvent l’être un royaume himalayen, un pays andin, une terre de la vallée du Grand Rift, des pays qui n’ont pas notre chance et loin de là, en termes de niveau de vie, je suis bien placé pour savoir que la France fait rêver le monde entier, qu’elle constitue une sorte de paradis aux yeux de tant d’habitants de la planète. Et c’est vrai qu’il suffirait de pas grand-chose pour qu’elle le devienne, un paradis, la France, à la condition de se réunir, de travailler ensemble, dans la recherche de compromis, plutôt que de vouloir à tout prix jeter de l’huile sur le feu, préférer se battre que de s’entendre, penser que la violence va résoudre quelque problème que ce soit. Pourquoi sommes-nous toujours si à l’aise dans la protestation et n’envisageons-nous pas joyeusement de nous remonter les manches et de nous mettre à construire ? Mystère.

Le thé m’a ouvert à l’harmonie, à la recherche du point d’équilibre, à l’attention à l’autre. Et si nous regardions le monde autrement ? Le temps d’un thé, cherchons quelque chose à observer autour de nous. Et cette beauté-là, tout en portant en bouche le délicat nectar, contemplons-là, et réjouissons-nous.

Tweeter cet article sur Facebook. Tweetez cet article.