ARCHIVE DE septembre 2026

Une brique sinon rien

18 septembre 2026
Une brique sinon rien


À quoi ressemblait le thé que l’on buvait, il y a mille ou deux mille ans, sur les routes de la soie ? À une brique de thé compressé semblable à celle-ci. Le thé, pour voyager aisément, était compacté puis séché, avant d’être chargé sur des animaux bâtés tels que chevaux, yacks, ânes, chameaux. Le thé voyageait ainsi sur des milliers de kilomètres, traversait des déserts parmi les plus chauds ou bien les plus froids du globe, selon les saisons : désert de Gobi et du Taklamakan, entre autres. La transpiration de l’animal, sa chaleur, pouvaient influer sur la qualité des feuilles et notamment provoquer leur fermentation. Cette transformation modifiait singulièrement les propriétés du breuvage et l’enrichissait à la dégustation d’arômes de champignons et de sous-bois, de notes de cuir et de paille humide. La brique de thé représentée ici fait partie des nombreux objets que l’on peut admirer dans le musée de la sublime demeure historique nommée Ogyen Choling, sise dans la vallée de Tang, province de Bumthang, au Bhoutan. Propriété de Kunzang Choden, descendante directe des bâtisseurs et écrivaine, elle offre au visiteur l’opportunité de découvrir, à travers nombre d’objets de tous les jours, la vie que menaient autrefois seigneurs et paysans dans ces vallées himalayennes.

Aujourd’hui encore, on consomme le thé compressé dans diverses régions du monde. Il est notoirement populaire au sein de la diaspora chinoise, de Kuala Lumpur à San Francisco en passant par Singapour. À Hong Kong comme à Taïwan, il compte aussi de nombreux amateurs qui ne jurent que par lui. Les briques ou les galettes proviennent pour l’essentiel de la région du Yunnan, en Chine, et on les émiette avant de les mettre à infuser, à plusieurs reprises, dans de minuscules récipients.

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Tasse orpheline

4 septembre 2026
Tasse orpheline

J’ignore la matière exacte de cette tasse et peu m’importe. À sa manière, elle est unique. La femme qui la tenait quelques secondes plus tôt l’a posée sur le rebord de cette fenêtre après avoir bu un thé fort, simplement adouci de sucre et de lait. Nous sommes dans l’Himalaya. Le Tibet n’est pas loin. Ici, on boit un thé qui réchauffe le corps et l’âme et l’on sent à travers la matière de cette tasse, son usure, les colorations apportées jour après jour par le thé, à quel point elle est un objet du quotidien, un objet sur lequel on compte à chaque instant, qui est là, sans bruit, disponible et rassurant.

Cette tasse m’évoque aussi toutes les victimes de la catastrophe népalaise, tous les disparus. J’ai une pensée pour eux. Combien de tasses à thé attendent quelqu’un qui ne reviendra pas ? Combien de vies détruites du fait de ces catastrophes climatiques ? 

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