À quoi ressemblait le thé que l’on buvait, il y a mille ou deux mille ans, sur les routes de la soie ? À une brique de thé compressé semblable à celle-ci. Le thé, pour voyager aisément, était compacté puis séché, avant d’être chargé sur des animaux bâtés tels que chevaux, yacks, ânes, chameaux. Le thé voyageait ainsi sur des milliers de kilomètres, traversait des déserts parmi les plus chauds ou bien les plus froids du globe, selon les saisons : désert de Gobi et du Taklamakan, entre autres. La transpiration de l’animal, sa chaleur, pouvaient influer sur la qualité des feuilles et notamment provoquer leur fermentation. Cette transformation modifiait singulièrement les propriétés du breuvage et l’enrichissait à la dégustation d’arômes de champignons et de sous-bois, de notes de cuir et de paille humide. La brique de thé représentée ici fait partie des nombreux objets que l’on peut admirer dans le musée de la sublime demeure historique nommée Ogyen Choling, sise dans la vallée de Tang, province de Bumthang, au Bhoutan. Propriété de Kunzang Choden, descendante directe des bâtisseurs et écrivaine, elle offre au visiteur l’opportunité de découvrir, à travers nombre d’objets de tous les jours, la vie que menaient autrefois seigneurs et paysans dans ces vallées himalayennes.
Aujourd’hui encore, on consomme le thé compressé dans diverses régions du monde. Il est notoirement populaire au sein de la diaspora chinoise, de Kuala Lumpur à San Francisco en passant par Singapour. À Hong Kong comme à Taïwan, il compte aussi de nombreux amateurs qui ne jurent que par lui. Les briques ou les galettes proviennent pour l’essentiel de la région du Yunnan, en Chine, et on les émiette avant de les mettre à infuser, à plusieurs reprises, dans de minuscules récipients.
