Massage africain

29 mai 2026
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Plusieurs pays d’Afrique de l’Est figurent parmi les plus importants producteurs de thé au monde. Au Burundi, j’ai longé les rives du lac Tanganyika jusqu’à la frontière tanzanienne, admiré de l’autre côté des eaux sur lesquelles flotte la nuit une constellation de barques de pêche, comme autant d’étoiles, les montagnes de la RDC (République démocratique du Congo). En une semaine, je n’ai jamais croisé le moindre Occidental et les enfants d’ici n’en ont parfois jamais vu si bien qu’ils rappliquent dès qu’ils m’aperçoivent. Ils sortent de l’eau et laissent éclater leur joie, leurs rires, donnent libre cours à leur curiosité. Il en arrive sans cesse. Tout juste le temps de déclencher, de chercher les réponses à des questions qui n’en attendent pas forcément, et je retourne à mon véhicule, et eux à leurs vagues. Après des heures d’une piste chaotique qui vous secoue en tout sens je prends la direction des montagnes. Au Burundi, ces heures à se faire trimbaler sur des routes éreintantes ont un nom : le massage africain.

À mon retour en France, quelqu’un m’a fait remarquer que ma photo n’était pas droite, que le lac penchait. Sur le moment, je ne l’ai pas cru. Plus tard, non plus. Je n’avais rien vu de tel. Je veux croire ma photo fidèle à ce que j’ai eu la chance de contempler, je veux croire ma photo fidèle à cet axe inattendu sur lequel repose ce beau lac Tanganyika. Quand on voyage, il faut accepter de se remettre en cause, de faire face à d’autres logiques. C’est tout le charme de l’aventure. Voici le lac comme je l’ai vu ce jour-là, il penchait à gauche, le poids des barques, sûrement, et du rire des enfants.

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Chefs pâtissiers à l’École du Thé

7 mai 2026
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Réunir des chefs pâtissiers pour des moments de dégustation, tel est aussi le rôle du tea sommelier. Le thé peut être utilisé comme une épice, qu’il soit d’origine ou parfumé, il sait apporter une longueur en bouche, une texture, une douce amertume. Le même thé peut aussi diffuser au sein d’un entremets une multitude de notes aromatiques (zestée, miellée, boisée, etc.).

Parmi tous les chefs pâtissiers en exercice, certains sont à l’œuvre dans des établissements de prestige qui proposent un tea time à l’heure du goûter. Ce moment de gastronomie voit défiler toutes sortes de mets salés puis sucrés tous plus délicats les uns que les autres. Et le thé est de la fête, bien sûr, étant donné l’appellation de cette parenthèse d’exception ; d’où l’importance pour les chefs pâtissiers, dont ça n’est pas toujours la spécialité, de maîtriser au mieux les différentes couleurs du thé, les différentes manières d’infuser le thé, les accords thé et mets. Ici, au sein de l’École du Thé, à Paris, on retrouve les pâtissières et pâtissiers qui exercent au sein d’établissements aussi prestigieux que le Saint-James, le Shangri-La, le Bristol, Lucas Carton ou encore la Maison Bernard Loiseau.

(Photos : A. Denni)

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Contemplation et apaisement

17 avril 2026
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Au Japon, saison des cerisiers oblige, l’heure est à la contemplation. On vient de loin pour admirer les arbres recouverts de fleurs, pour se prendre en photo et parfois même tout simplement pique-niquer sous un couvert chargé de pétales roses ou blancs. Cet amour pour la nature dans ce qu’elle a de plus éphémère rappelle, bien sûr, le fameux « ichi go ichi e » qui est une invitation à se concentrer sur l’instant, à comprendre et accepter la fugacité de l’existence. Ce précepte constitue une part essentielle de la compréhension du « cha no yu », nom donné au Japon à la cérémonie du thé.

Cette même contemplation des cerisiers évoque le thé par un autre aspect. Lorsque l’on demande à un amateur ce que le thé lui inspire, ce qu’il lui apporte, le mot qui revient le plus souvent est le mot apaisement. Le thé nous apaise. Il nous apaise de la même manière que nous apaise cette contemplation silencieuse, joyeuse, béate, des cerisiers en fleurs, cette contemplation d’un paysage tout en délicatesse comme ici dans le parc Kenroku-en, à Kanazawa, l’un des plus fameux du Japon.

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Une appellation mythique

2 avril 2026
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Chaque année, à partir des premières semaines de mars, les mythiques thés de Darjeeling commencent à être récoltés. Pourquoi mythiques ? De vastes domaines plantés par les Anglais au milieu du XIXème siècle ; une aventure humaine à grande échelle qui marquera deux pays pour toujours puisqu’à travers la grande épopée de l’East India Company c’est une page de l’histoire de la Grande-Bretagne qui s’écrit ici, et une page de celle de l’Inde, bien sûr. Une vue imprenable sur le toit du monde et des paysages à couper le souffle ont contribué à forger la légende de ce thé d’exception soumis à des variations climatiques uniques : hiver rigoureux, été précoce rapidement soumis à des pluies diluviennes jusqu’à l’arrivée d’un automne ensoleillé. Le camélia est chez lui sur ces pentes dont la terre acide et bien drainée lui plait au plus haut point.

Là-haut, des milliers d’hommes et de femmes (surtout de femmes) récoltent pour nous les pousses les plus tendres qui s’arrachent ensuite à prix d’or, ou presque, malgré des conditions de travail qui ne s’améliorent pas beaucoup avec les années et pourraient, un jour, si la carence en main-d’œuvre se poursuit, mettre en péril l’avenir de l’appellation.

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Rémunérer correctement

20 mars 2026
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Récolter le thé à la main nécessite une importante main-d’œuvre et la question de la rémunération des récoltants se pose à tous. Certains thés valent cher et peuvent rémunérer correctement chacun de leurs acteurs, d’autres thés ne valent à peu près rien à la sortie de l’usine dans laquelle ils sont produits et dans ce cas comment pourraient-ils rémunérer correctement celles et ceux qui font partie de leur chaîne de production ? Je pense ici aux thés industriels, bien sûr, ceux qui finissent en poussière au fond d’un sachet en papier.
Il existe des thés industriels, il existe des thés artisanaux. Il existe des thés issus de procédés mécaniques, il existe des thés qui ont demandé un savoir-faire, un travail de la main. Ceux-là peuvent rémunérer correctement, encore faut-il s’en assurer en faisant des visites sur place. Ces thés artisanaux peuvent non seulement rémunérer correctement mais aussi donner de la fierté à celles et ceux qui les élaborent.
Chacun d’entre nous a tout loisir de réfléchir à la façon dont il consomme afin de contribuer, à sa manière, à faire de chaque récoltant un récoltant heureux.

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Des pousses identifiables

6 mars 2026
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Au Kenya, le fameux cépage violet qui a été mis au point par le plus important centre de recherche du pays se caractérise par un feuillage contrasté. Si les feuilles plus anciennes conservent la couleur verte familière aux camélias, les pousses, en revanche, épousent une teinte pourpre facilement reconnaissable. Le travail de cueillette s’en trouve facilité et seules ces extrémités d’aspect rougeâtre, les plus tendres, doivent être récoltées.

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Kenya : un champion méconnu

20 février 2026
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Le Kenya est le premier exportateur de thé au monde. La Chine et l’Inde en produisent davantage, seulement ces deux pays consomment une partie significative de leur production, contrairement au Kenya. Dans ce pays d’Afrique de l’Est, le sol, le climat, l’altitude conviennent parfaitement au Camellia sinensis et c’est pourquoi les Anglais y ont introduit cette culture au début du XXème siècle. De nos jours, le thé représente une part essentielle des ressources du Kenya. Et pourtant, qui sait que le Kenya produit du thé ? La majeure partie de la production correspond à un thé industriel appelé CTC (crush, tear, curl ou « écraser, déchirer, rouler »). Il s’agit du thé brisé que l’on trouve dans les sachets en papier, c’est-à-dire, dans la plupart des cas, des mélanges de différentes origines. D’où l’absence de mention du pays sur l’emballage. Pourtant, le Kenya a un bel avenir à condition de considérer certains des superbes thés qui poussent en altitude et sont récoltés à la main, travaillés selon la méthode dite orthodoxe. Ces thés peuvent rapporter bien plus, en termes de revenus et de fierté, aux populations qui vivent de cette culture, alors essayons de sélectionner de façon rigoureuse les plus beaux crus, d’encourager les fermiers, de les initier à de nouvelles techniques, de stimuler leur créativité, et de tout mettre en œuvre pour faire connaître aux consommateurs cette origine injustement méconnue.

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Le cultivar violet : une fierté kényane

6 février 2026
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Le cultivar « pourpre » ou « violet » fait partie de l’identité kényane dès lors qu’il est question de thé. La couleur définit ici le cépage et non pas la façon dont la feuille est travaillée. Ce cultivar est très facile à reconnaître lorsque l’on se promène dans les champs de thé (ici, au second plan). Il est réputé pour sa forte teneur en anthocyane, un colorant naturel particulièrement riche en antioxydants. Né du travail de chercheurs kényans, ce même cultivar a pour nom de code TRFK 306/1. Après la récolte, les feuilles prélevées sur l’arbuste peuvent subir la même manufacture qu’un thé vert, noir, blanc ou semi-oxydé, selon le souhait et le savoir-faire du fermier. 

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La route du thé

28 novembre 2025
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Il y a le thé, il y a ce qui se trouve autour. Le thé c’est un chemin, une route. Il ne faut pas se presser. Il faut prendre le temps d’observer. Le thé nous prend par la main pour nous conduire quelque part, en haut d’une montagne, et le chemin que l’on suit fait partie du voyage. Il invite à la contemplation. Pour comprendre le thé, il faut comprendre le chemin qui nous mène à lui. Désirer faire sa connaissance, entrer dans son intimité, l’arpenter. La route qui mène à lui a quelque chose à nous apprendre sur le thé lui-même, son inaccessibilité, son climat, sa terre. Et peut-être ses saveurs. Le thé se dévoile. Observons le chemin, le paysage. Ici, en route pour Trongsa, dans la région des Montagnes Noires, au Bhoutan, je reste en admiration devant la vallée humide de Phobjikha, son sol marécageux, ses entrelacs d’eau. Si j’attends plusieurs jours, les grues à cou noir vont apparaître dans le ciel, comme chaque année, choisir de se poser là, au terme d’une longue migration. Chaque année, la même trajectoire. La même route, vers le sud, pour échapper au froid. Elles viennent du Tibet. Elles sont attendues. Comptées. Des ornithologues, professionnels ou amateurs veulent s’assurer que personne ne manque. Sur la route du thé, je croise celle des grues à cou noir. Le thé nous ouvre à d’autres paysages, d’autres phénomènes. Nous sommes à la fin de septembre. Dans quelques jours elles seront là. Je guette.

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Dictionnaire amoureux du thé

14 novembre 2025
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Depuis vingt ans, je rêve d’inscrire le thé à cette collection de « Dictionnaire amoureux », chez Plon. Et voilà qui est fait ! L’éditeur m’a conseillé que l’on soit deux auteurs, pour croiser deux points de vue, j’ai proposé l’amie Ingrid, qui a accepté.
Le thé c’est un voyage, une ligne d’horizon, une littérature, le thé convient au silence de l’écriture, à la couleur de l’encre comme à celui des rêves, de la vie intérieure. Le thé nous prend par la main, nous touche au cœur, nous élève. Le thé donne le rythme et à la fois étire le moment. Le thé et l’écriture dansent pour la vie, inventent des poses qui se dissipent, dessinent des figures. Dans ce dictionnaire, dans son titre, c’est le mot amoureux qui compte, et pour le dire autrement, de quelle manière est-ce que le thé convoque, en chacun d’entre nous, des élans passionnés. De belles illustrations, de la main d’Ingrid, complètent le propos tandis que l’un comme l’autre, de son écriture, raconte ici en quoi le thé le touche.

© Guillaume Czerw

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