Il n’y a pas qu’au Tibet et dans les régions himalayennes que la route du thé croise la route du sel. Lorsque de Cuzco on s’apprête à rejoindre la partie amazonienne du Pérou, au sein de laquelle est cultivé le thé, on passe non loin de Maras. Ce village est connu pour ses salines perchées à flanc de montagnes. Il y a des milliers d’années, ces reliefs se situaient sous la mer. De nos jours, une source fait jaillir du cœur de la terre une eau chargée d’un sel qui se dépose ensuite dans chacun de ces petits bassins.
Portrait d’Omar
Je vous présente Omar Syariff qui est très impliqué dans la production de thé de qualité dans la partie centrale de l’île de Java (Indonésie), et plus particulièrement sur le plateau de Dieng. Il consacre son temps et son énergie à aider celles et ceux qui cultivent cette plante. Il cherche pour ces fermiers les cultivars les plus résistants. Il les aide à développer une production, cette fois à partir de théiers anciens dont la récolte va rapporter davantage à la communauté locale. Quand je demande à Omar ce qui le passionne dans la vie, il répond « Partager le savoir ». « Mettre en commun les expériences ». Et lorsque je lui demande ce qu’il aimerait que je dise ici de lui, il répond d’une façon sobre : – Je ne suis rien de plus que quelqu’un qui sait faire du bon thé.
Gens du thé
Le thé, ce ne sont pas que des paysages, aussi beaux soient-ils, ce ne sont pas que des arbustes, ce ne sont pas que des feuilles, ce sont d’abord des gens, des hommes ou des femmes qui le récoltent, qui le travaillent, qui l’analysent, qui le sélectionnent. De Harendong à Semarang en passant par le centre de recherche de Bandung, quelques visages de celles et ceux qui, à un titre ou à un autre, vivent du thé ou apprécient simplement de le déguster.
Cercle vertueux
Le thé peut être récolté à la main plutôt que de façon mécanique, et ça fait toute la différence. Il reste difficile de prélever les feuilles avec des cisailles (hormis au Japon où l’on a mis au point des outils d’une précision extrême) et prétendre à une quelconque qualité. Certes, un thé issu d’une récolte manuelle va coûter dix à cent fois plus cher qu’un thé industriel, et parfois l’écart est plus important encore. Mais ce qu’il faut retenir, c’est l’opportunité qu’offre le grand cru, à savoir la mise en place d’un véritable cercle vertueux : plus les revenus des producteurs sont élevés, plus ces mêmes agriculteurs investissent dans la transmission d’un savoir-faire. Ils vont alors davantage chercher à obtenir une qualité qu’une quantité, il vont employer davantage de personnes qui resteront ainsi attachées à leur terre et à leur ruralité. Un grand thé offre ainsi à chacun l’opportunité de vivre en harmonie avec la nature.
Sur l’île de Java, des champs de thé uniques au monde
Rarement j’ai vu d’aussi spectaculaires plantations que celles qui se situent aux alentours de la ville de Bandung sur l’île de Java. Des paysages d’une beauté à couper le souffle, du relief, de la brume, des arbres splendides au délicat couvert, des rais de soleil qui inondent de lumière les théiers dont l’alignement parfait épouse le dessin des collines, jusqu’à perte de vue.
Un sol volcanique
Une fois n’est pas coutume, la route du thé croise celle de l’océan (Indien). L’occasion de constater à quel point le sol de l’île de Java est volcanique. Et donc acide. Une caractéristique importante aux yeux du théier qui n’apprécie rien davantage que ce type de terroir, humidité et chaleur comprises.
Roulés en boule
Si vous prélevez la feuille d’un camelia sinensis et versez dessus de l’eau chaude, vous n’obtiendrez rien. La feuille de thé a besoin d’être malmenée pour rendre ensuite, au contact de l’eau, ses arômes, ses saveurs. Aussitôt après la cueillette, le producteur de thé va donc travailler ses feuilles, leur faire perdre la majeure partie de leur humidité, et éventuellement briser leur structure sans les briser elles-mêmes, afin que le jus contenu dans leurs multiples cellules en soit extrait. Voici l’une des machines dont l’on se sert ici, dans l’ouest de l’île de Java (Indonésie). Elle permet de serrer au plus fort un sac en textile bien rempli, et que l’on va ensuite placer entre deux disques de métal pour lui faire subir une forte pression. Très utilisé à Taiwan lors de la manufacture des oolong, cet outil sert aussi à fabriquer des thés verts que l’on souhaite rouler en boule.
Aux Açores, Clara et ses trésors
Sur l’archipel des Açores, des tentatives existent de manufacturer de délicieux thés à partir de récoltes manuelles et de cueillettes particulièrement fines. Les expérimentations ont lieu sur de petites parcelles nichées au cœur de l’île de Sao Miguel. Dans les locaux de l’institut de recherche agronomique, Clara fait subir à ses précieuses récoltes chacune des étapes de la fabrication du thé. A partir de divers cultivars, elle obtient des résultats remarquables. Si la quantité de thé manufacturée reste pour le moment confidentielle, j’ai hâte de pouvoir aider Clara et de futurs agriculteurs de l’île à faire connaître leur surprenante production.
La culture de la menthe
La menthe apprécie l’humidité et si elle accepte de pousser dans des zones désertiques c’est parce qu’on y a mis en place un système d’irrigation. Au Maroc, l’eau est tirée de profonds puits, en Egypte, elle vient du Nil, bien sûr. Un pied de menthe donne un bon rendement pendant trois années, à la suite de quoi il est remplacé, à l’aide de boutures ou encore par des stolons qui vont être triés puis mis en terre. Et quelques mois plus tard, on peut déjà récolter.
Pour récolter la menthe, une méthode ancestrale
Egypte et Maroc sont de gros producteurs de menthe verte, celle que l’on utilise lorsque l’on se prépare le fameux thé, symbole d’hospitalité au royaume chérifien. La récolte se pratique selon des méthodes ancestrales, à l’aide d’une simple faucille. La taille a lieu trois à quatre fois par an, sur des terres irriguées qui s’évanouissent dans le désert. Parfois, un engin motorisé – sorte de cisaille à trois roues pourvue de bras et d’un siège – vient distraire le silence.