Lorsque je donne un cours à l’École du Thé, ou bien lorsque j’organise une dégustation pour des collègues, l’une des premières choses que je fais est de leur poser une question très simple : une fois que vous avez mis un aliment dans votre bouche, combien de sens sont en contact avec cet aliment et lesquels ? Et ça ne manque pas, les réponses varient. Or il est essentiel pour déguster, et c’est valable pour n’importe quel aliment, de comprendre quels sont les sens concernés et ensuite de se construire le vocabulaire adéquat.
Thé et gastronomie
La liqueur du thé
L’observation de la liqueur constitue l’une des premières étapes de la dégustation d’un thé. Tandis que la température de la tasse diminue lentement, on prête attention à la couleur du liquide. Un thé vert va donner quelque chose de pâle, un thé noir, une teinte plus cuivrée. Cela ne signifie pas que le thé le plus sombre ait infusé plus longtemps, ni qu’il possède un parfum plus développé que celui de son voisin. En effet, on trouve des thés verts d’une puissance aromatique remarquable et ce, même après un temps d’infusion assez court. On ne peut donc pas déduire de cette photo que le thé le plus aromatique sera le plus coloré des deux.
Un thé extrêmement brisé
Dans certaines régions du Sri Lanka, on produit un thé si fin, si brisé, si noir qu’il en devient imbuvable. Ou alors il faut y ajouter du lait, du sucre, ou encore le rallonger d’eau.
Déguster de nombreux thés
Il n’est pas plus difficile de déguster trente ou quarante thés plutôt que deux ou trois. Au contraire : on va de l’un à l’autre rapidement, on recrache, on se concentre pour les comparer et, très vite, on sait celui que l’on préfère.
Au Sri Lanka, les enchères du thé
Lorsque je pars visiter des plantations sri-lankaises, je commence par m’arrêter à Colombo le temps de goûter les thés qui sont proposés aux enchères les jours suivants. Cela me permet d’avoir une bonne connaissance de la qualité produite par chacun des domaines. Dans chacune de ces boîtes, quelques feuilles de thé et l’indication du numéro du lot.
Déguster et contempler
L’avantage à photographier une vitre est que l’on peut superposer deux images : ici, la dégustation au set qui se prépare, ainsi que le paysage qui se reflète sur la paroi de verre. On peut jouer à associer ces deux vues, à les confondre. L‘esprit de la dégustation prend alors tout son sens : on va goûter le thé qui nous vient de la nature, au milieu du paysage qui l’a vu naître.
Les tasses en terre crue de Kolkata
A Kolkata où il fait une chaleur de bête une bonne partie de l’année, on boit son thé brûlant. On le déguste au coin de la rue, devant une petite échoppe qui vous le sert le plus souvent dans une tasse en terre crue que l’on jette ensuite à terre. La tasse se brise au contact du trottoir, à la première pluie elle deviendra boue.
Observer est la première étape de la dégustation
La première étape de la dégustation de thé consiste à observer la feuille. On en renverse un peu sur un support neutre comme une feuille de papier cartonnée, on examine la qualité de la cueillette, la couleur de feuilles, leur taille, leur régularité… On peut déjà se faire une bonne opinion de ce que l’on va déguster.
Le temps d’infusion des Darjeeling de printemps
Les Darjeeling de printemps infusent entre 3’30 et 4 minutes. Le plus simple est de régler votre minuteur sur 3’45. Il faut être précis lorsque l’on prépare ce type de thé. Si l’on veut maintenir un bel équilibre entre le bouquet aromatique, la texture et la saveur, il faut stopper l’infusion à temps. Tout l’enjeu se résume à ceci : laisser aux arômes le temps de se développer mais contenir l’astringence et l’amertume à un degré de délicatesse où elles prolongent la perception des parfums, sans leur faire ombrage.
Dégustations de printemps
Les dégustations s’enchaînent en cette période de l’année. A partir de maintenant et durant plusieurs mois, je vais déguster plusieurs dizaines de thés chaque jour. Avec des pointes à cent ou cent cinquante thés. Mes dégustations se font à l’aveugle car il ne faut pas être influencé par la sympathie que l’on éprouve pour tel ou tel fermier. Le nom du jardin est donc caché afin que la sélection se fasse en premier lieu uniquement sur l’analyse sensorielle. Pour exprimer ma préférence, je vais faire ce geste que je partage avec de nombreux planteurs : en poussant la tasse du bout des doigts, de façon délicate, paume vers le ciel.









