Cela va prendre quelques mois avant que nous retrouvions une vie normale, une vie avec des relations sociales et des moments de partage. Une convivialité autour d’un thé, d’un repas, d’un verre. En attendant, voilà l’image qui se présente à moi lorsque je pense à la période difficile que nous traversons et aux temps à venir, un sentier qui sinue à flanc de montagne, l’un de ces chemins étroits qu’emprunte chaque jour cueilleuses et cueilleurs, parfois chargés de lourds paniers.
Vive le bon sens
Il arrive à nos compatriotes d’utiliser un intermédiaire américain pour obtenir un livre disponible facilement chez le libraire de leur quartier ; d’envoyer le prix de sa course à San Francisco plutôt que de tendre le bras à l’artisan et la lui régler directement. Il en est de même avec les repas préparés par nos chers restaurateurs qui ont tant besoin de notre soutien.
Pour le thé, ne comptez pas sur moi pour marcher sur la tête. Le Palais des Thés achète ses thés à des producteurs qu’il connaît. Il leur envoie leur règlement directement, bien sûr, et peu importe si le fermier se situe dans un village du Népal, un haut plateaux du Malawi, une île japonaise. Nous sommes heureux de contribuer ainsi au bien-être de celles et ceux qui ont joint leurs efforts pour donner naissance à un délicieux cru. Vive le thé, et le bon sens !
Une piqûre recherchée
A l’heure où tout le monde parle de piqûre, je voudrais vous donner le point de vue du théier. Dans certaines parties du monde, à Taiwan et à Darjeeling, notamment, un insecte qui se nomme le paoli (Jacobiasca formosana) vient piquer la feuille du camellia sinensis. La réaction à cette piqûre ne se fait pas attendre et développe, en tasse, une puissance aromatique rare et très recherchée. On retrouve ce bouquet olfactif dans un Oriental Beauty, par exemple, ou bien un Darjeeling Muscatel. Les fermiers de ces régions protègent du mieux qu’ils peuvent l’insecte afin de s’assurer que la piqûre aura bien lieu.
De belles traversées
Sur les routes du thé, les ponts de singe sont fréquents. Ils évitent des heures de marche et la traversée à gué de rivières. Ils sont assez solides pour qu’un cheval passe, parfois, conduit par la bride et bâté pour le transport des feuilles de thé. Un pont, c’est un passage et au moment de changer d’année, ce pont de singe me rappelle la fragilité du moment que nous vivons. En 2021, je vous souhaite de belles traversées.
Un horizon bouché
En ce début d’année, difficile d’avoir moins de visibilité quant aux douze mois à venir. Si quelque devin nous avait prédit il y a un an que le monde allait s’arrêter et qu’il nous faudrait bientôt sortir masqués, nous aurions bien ri. L’absence de visibilité, c’est tout ce qu’aime le théier, lui qui se plaît tant dans la brume et apprécie plus que tout l’humidité. Un horizon bouché n’est donc pas pour le contrarier. Nous le retrouverons en pleine santé l’an prochain. A défaut de belles fêtes, une pleine santé, c’est tout ce que je vous souhaite !
Des papayes et du thé
Toutes les initiatives existent et lorsqu’on a la chance de pratiquer le métier de chercheur de thé, on est aux premières loges pour faire connaissance avec les initiatives les plus variées. Ici, dans une plantation de café de Tanzanie, qui s’essaye aussi à la culture du thé, les expérimentations ne manquent pas. La dernière en date, évider des papayes pour les fourrer d’un thé semi-oxydé que l’on a préalablement flétri et roulé.. Après une courte oxydation, on cale la feuille humide dans le creux du fruit mûr pour qu’elle s’imprègne de leur délicieux parfum.
Accompagner son thé
Il existe beaucoup de manières d’accompagner son thé. Dans certains pays, on va ajouter dans la théière, ou bien dans la tasse directement, de la menthe, des épices, du lait, du sucre… Les coutumes sont innombrables. Dans d’autres pays, on va préférer déguster, à côté de son thé, des oeufs de caille marbrés, des graines, une gousse de cardamome que l’on garde dans la bouche le temps du thé, comme en Afghanistan, et qui le parfume ainsi délicatement. Ici, dans la vallée d’Ilam, au Népal, ces framboises dorées de l’Himalaya apportent une touche gourmande au délicieux thé vert manufacturé sur les collines environnantes.
Un thé, un voyage
Sidonie et moi nous sommes rencontrés à l’invitation de Sidonie, au micro de RTL. C’était il y a plusieurs années. Nous avons eu plaisir à rester en contact et à l’occasion d’un échange, c’est-à-dire d’une dégustation de thé, nous nous sommes dits pourquoi pas ? Pourquoi ne pas unir nos passions et emmener les auditeurs, ici les amateurs de thé, en voyage au pays de leur thé préféré ? Ce projet a donné naissance à une émission de podcast – de balados diraient nos amis québécois.
Rejoignez-nous ici https://www.palaisdesthes.com/fr/podcast/, et sur les autres plateformes d’écoute habituelles, ces voyages sont pour vous.
Autour du lac de Maskeliya
Que diriez-vous d’une promenade avec moi autour du lac de Maskeliya, au Sri Lanka ? Nous sommes ici à mi-chemin entre les “high grown” et les “low grown”. Entre les thés de montagne de la région de Nuwara Eliya et les thés souvent remarquables produits dans la jungle qui entoure la forêt de Sinharaja plus au sud. Cette vue est celle qui s’offre à nous lorsque l’on se tient devant le bungalow de Moray Tea estate. Le lac de Maskeliya, artificiel, est entouré de théiers et ce qui est particulier à cette région c’est la flore magnifique – cassia, poinsettia flamboyants, entre autres -, qui réchauffent de jaune ou bien de rouge le vert éternel de nos camelias.
Assurance tout risque
Si les divinités indiennes pouvaient nous être d’un quelconque secours dans cette lutte contre la Covid19, je les implorerais sans hésiter et à titre d’offrande je déposerais à leur pied leur poids en thé. En Inde, pays où les dieux sont légions, la religion est partout et jusque sur le camion que le routier peint aux couleurs de celui sous la protection duquel il se place. Une assurance transport bien utile dans un pays où les règles de circulation, si elles existent, ne sont pas toujours partagées.







