Retour à Kolkata. Dans cette ville comme dans beaucoup de cités indiennes on boit du thé partout, et surtout dans la rue. Les échoppes sont légions et on y savoure son chaï debout ou bien à peine assis à une extrémité de l’unique banc de bois installé sur le trottoir. Dans ces échoppes le thé vous est servi le plus souvent dans des tasses en terre à peine cuite c’est-à-dire très poreuses. Lorsque l’on a fini de déguster, on jette sa tasse à terre et elle se brise. Au fur et à mesure de la journée, un petit monticule de tasses usagées prend ainsi forme.
Inde
Un nouveau Darjeeling de Printemps vient d’arriver !
Nous venons de recevoir un nouveau Darjeeling de Printemps. Il s’agit du Longview DJ1, le premier lot de Longview Tea Estate de l’année. De part sa position géographique ce jardin a pu exceptionnellement envoyer ses caisses de thé à Kolkata et éviter les barrages routiers mis en place récemment et dont je vous parlais dans mon précédent billet.
En bouche, ce cru développe des notes végétales et amandées, l’attaque est fraîche, puis viennent des parfums délicats de camphre.
Voici le joyeux visage de quelques cueilleuses et cueilleurs de Longview, lors d’une pose bien méritée.
Darjeeling : blocked situation
The news from Darjeeling is not improving. The Gorkhaland separatists have stepped up their campaign and have basically blocked the movement of the trucks transporting tea. Every day we receive samples, and we can buy the teas, but if they can’t be taken to Kolkata airport, what’s the point? This could last a few days, or several weeks. So the struggle with the government goes on, but where will it lead?
“Where will it lead?” That’s exactly the question I ask myself as I walk the little paths of Darjeeling, like here in Badamtam. I walk without really knowing where I’m going, just following my nose. It’s wonderful! And if I get lost, what does it matter? After all, it’s only me.
A Darjeeling, un club de planteurs abandonné
La vie sociale des planteurs de thé n’est plus ce qu’elle était. Regardez à quoi ressemble aujourd’hui l’un des clubs de planteurs de Darjeeling !
Cette maison magnifique se trouve dans un état de délabrement avancée et à chaque fois que je passe devant, non loin de Namring Tea Estate, j’en ai le cœur serré. Sise sur le haut de la vallée et jouissant d’une vue magnifique son état d’abandon n’émeut malheureusement que moi.
A l’époque des Anglais, et jusqu’à il y a une vingtaine d’années, les planteurs se retrouvaient à un rythme au moins hebdomadaire et cela constituait un moment privilégié qu’ils n’auraient pas voulu manquer. Aujourd’hui, la compétition se fait plus forte et la télé, comme partout, a tué les échanges. Alors on reste chez soi.
B157, P312 et AV2 : trois cultivars de Darjeeling
Je vous présente de gauche à droite B157, P312 et AV2. Ce sont des surnoms. Leurs noms complets les voici : Bannockburn 157, Phoobsering 312 et Ambari Vegetative 2. Il s’agit de cultivars – ici on dit des clonals – c’est-à-dire de théiers crées grâce à différentes méthodes, la plus répandue étant le bouturage.
Chacun de ces trois cultivars a ses avantages et inconvénients en terme de résistance aux intempéries et aux nuisibles, en terme de richesse olfactive et gustative ou bien encore de productivité. Ils tirent leur nom du jardin dans lequel ils ont été conçus.
Ces cultivars ainsi qu’une trentaine d’autres, mis au point par la Tea Research Association, sont adaptés à la région de Darjeeling. Dans d’autres régions du monde on trouvera d’autres cultivars.
Abhishek Dev, le planteur de Teesta Valley
Je vous présente Abhishek Dev, le planteur de Teesta Valley Tea Estate. Comme la plupart de ses cinq frères il travaille dans le thé. Il a commencé par être assistant du manager de Puttabong , puis de Sungma, entre autres. Enfin on lui a offert la responsabilité d’un jardin qui n’était pas en bon état.
Tout le monde s’accorde à dire ici, à Darjeeling, que la qualité des thés qu’il produit ici s’est nettement améliorée.
Abhishek m’a fait une surprise de taille. Lorsque je lui ai rendu visite le 23 février dernier il venait de manufacturer, exprès pour moi, un lot unique. Dix kilos à peine d’un thé qui est le premier Darjeeling de l’année, donc un évènement. La très faible quantité s’explique par le fait que les feuilles ont encore peu poussé, il s’agit donc d’une récolte exceptionnelle, par sa précocité, d’une part, par le fait qu’elle se compose uniquement de toutes jeunes pousses. On retrouve à la tasse cette grande subtilité, cette fraîcheur de printemps et cette verdeur unique.
Visite de la plantation de thé de Balasun
J’ai eu le plaisir de visiter la semaine dernière la plantation de thé de Balasun, à Darjeeling. La rivière Balasun, qui coule en contrebas, a donné son nom à la plantation. Anil Jha, manager de Sungma Tea Estate, que l’on voit ici à mes côtés, supervise dans le même temps Risheehat Tea Estate, d’une part et Balasun Tea Estate, d’autre part. C’est l’un des planteurs les plus reconnus de Darjeeling, l’un des plus expérimentés. Ils ne sont pas plus de trois ou quatre à pouvoir revendiquer une telle maîtrise de leur travail. Et à faire autorité. J’ai de l’admiration pour lui et je lui suis aussi reconnaissant car il est le premier, sur ces montagnes, à m’en avoir autant appris. Notre première rencontre date d’il y a vingt ans, il m’a donc vu grandir – professionnellement, j’entends.
Lorsque nous nous voyons nous échangeons pendant des heures, liés par une même passion.
Bungalow de planteur à Teesta Valley
Voici le genre de maison où je passe mes nuits lorsque je suis du côté de Darjeeling. Il s’agit d’une maison de planteur, typique des plantations de thé de cette région. On les appelle des bungalows, et chaque plantation possède le sien dans laquelle vit le planteur et sa famille. J’ai pris celui-ci en photo la semaine dernière. Au petit matin j’ai siroté mon early morning tea, servi au lit comme de coutume, et attendu tranquillement que les rayons du soleil réchauffent la terre et inonde de lumière le parterre de fleurs.
Darjeeling : le commerce du thé est menacé
La situation s’est bien améliorée à Darjeeling, le blocage des routes est levé, les commerces ont rouvert et la vie a repris son cours normal. Mais tout n’est pas gagné pour autant pour le commerce du thé dans la mesure où le mouvement pour l’autonomie locale menace d’empêcher dans quelques semaines les camions chargés de thé de circuler, afin de montrer que ce parti pèse lourd politiquement et faire ainsi aboutir les négociations en cours.
Cela ne m’empêche pas de déguster du thé avec sérénité comme ici, dans quelques instants, au sein de la factory de Teesta Valley Tea Estate.
A Darjeeling, mon programme est perturbé
L’agitation est telle cette année à Darjeeling que j’ai dû modifier mon programme. Le mouvement pour une autonomie de la région décidera aujourd’hui de bloquer à nouveau ou non toutes les routes et faire fermer les commerces. Alors que je devais me rendre à la plantation de Balasun, du côté de Kurseong, j’ai décidé de contourner par l’est. Mon ami Abhishek Dev, planteur de Teesta Valley Tea Estate est venu me chercher tout à l’heure à l’aéroport de Bagdogra et nous avons rejoint son bungalow. Teesta Valley Tea Estate se situe à l’extrême est de Darjeeling et de là je pourrai décider demain, en fonction des évènements, si je peux rejoindre la ville de Darjeeling ou pas. Au moins, grâce à Abhishek j’ai des nouvelles fraîches de Darjeeling et de la récolte qui s’annonce. Et je pourrai également rencontrer ce soir les planteurs de Gielle, Runglee Rungliot et peut-être Namring… Ces quatre plantations, assez éloignées de la ville de Darjeeling mais qui font bien sûr partie de la prestigieuse appellation, sont parmi les plus belles de la région. Sur cette photo vous pouvez admirer la vue que j’ai ici, en fin d’après-midi, lorsque je marche en direction de Gielle Tea Estate.









